Définition de CONTE

DÉFINITIONS - SYNONYME - HISTORIQUE - ÉTYMOLOGIE -

Prononciation : kon-t'

DÉFINITIONS

1
Récit, rapport, et, particulièrement, récit de quelque anecdote, de quelque aventure. Un bon conte. Il sait des contes de toute sorte. Il fait un conte mieux qu'homme du monde.
Tu fais après cela des contes superflus
J'ai une démangeaison naturelle à faire part des contes que je sais
J'étais toute remplie du conte et je brûlais de le redire
Des personnes qui disent de sots contes
de Blaise PASCAL dans J. C. 43
Dans la conversation, ce qu'on appelle conte est le récit bref et rapide de quelque chose de plaisant
On en fit le conte à la reine
De grâce n'allez pas divulguer un tel conte
À cause des contes perpétuels qu'ils nous en font
Il nous fit l'autre jour un fort plaisant conte
Ses ennemis [de Bion] avaient fait des contes au roi Antigonus, au sujet de sa naissance ignominieuse
On aura fait quelque conte, Et de dépit transportés Peut-être ils règlent le compte De leurs infidélités
de Pierre Jean de BÉRANGER dans Bon ménage.
Sémantique : Familièrement. Quel conte me faites-vous avec vos dépenses ? c'est-à-dire, que me parlez-vous de dépenses ? c'est-à-dire encore, vous me parlez de dépenses qui ne sont pas réelles ou auxquelles je ne veux pas prendre part.
2
Récit d'aventures merveilleuses ou autres, fait en vue d'amuser. Les contes de fées. Les contes de Perrault.
On fait en Italie un conte assez plaisant
Boccace en fait certain conte pour rire
de Jean de LA FONTAINE dans Mazet.
Maudit censeur, te tairas-tu ? Ne saurai-je achever mon conte ?
Une morale nue apporte de l'ennui ; Le conte fait passer le précepte avec lui
de Jean de LA FONTAINE dans ib. VI, 1
Le conte est du bon temps, non du temps où nous sommes
de Jean de LA FONTAINE dans ib. X, 10
Jamais ce qu'on appelle un bon conte ne passe d'une main à l'autre sans recevoir quelque embellissement
de Jean de LA FONTAINE dans Contes, Préf. du tome II
Les aises de la vie, l'abondance, le calme d'une grande prospérité font que les princes ont de la joie de reste pour rire d'un nain, d'un singe, d'un imbécile et d'un mauvais conte
de Jean de LA BRUYÈRE dans IX.
Qui croirait que le ménestrel Rutebeuf, Hébert et d'autres auteurs aussi inconnus et en apparence aussi méprisables, fussent les originaux des meilleurs contes de Bocace ?
de Bernard le Bouyer de FONTENELLE dans Hist. du th. fr. Oeuvres, t. V, p. 11, dans POUGENS.
C'est à qui trouvera les meilleures chansons, à qui fera les meilleurs contes
Contes bleus, contes de fées et autres récits de ce genre, ainsi dits parce qu'ils étaient d'ordinaire couverts d'un papier bleu ; et par extension, récits imaginaires, raisons sans fondement, billevesées.
Les pères, les maris me prendront aux cheveux, Pour dix ou douze contes bleus !
de Jean de LA FONTAINE dans Oies.
Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous plaire
Nargue des vertus ! On n'en sait que faire ; Aux sots revêtus Le tout est de plaire ; De ses contes bleus L'honneur nous assomme
de Pierre Jean de BÉRANGER dans Scand.
Récit où une aventure plus ou moins libre est racontée.
J'avais résolu de ne consentir à l'impression de ces contes qu'après que j'y pourrais joindre ceux de Boccace qui sont le plus à mon goût
de Jean de LA FONTAINE dans Contes, préface du tome I
On m'en peut faire deux principales [objections] : l'une que ce livre est licencieux, l'autre qu'il n'épargne pas assez le beau sexe ; quant à la première, je dis hardiment que la nature du conte le voulait ainsi, étant une loi indispensable selon Horace et selon la raison et le sens commun de se conformer aux choses dont on écrit
de Jean de LA FONTAINE dans ib.
Ce principe une fois posé, ce n'est pas une faute de jugement que d'entretenir les gens d'aujourd'hui de contes un peu libres
de Jean de LA FONTAINE dans ib.
Je ne pèche pas non plus en cela contre la morale ; s'il y a quelque chose dans nos écrits qui puisse faire impression sur les âmes, ce n'est nullement la gaieté de ces contes ; je craindrais plutôt une douce mélancolie où les romans les plus chastes et les plus modestes sont très capables de nous plonger
de Jean de LA FONTAINE dans ib.
Conte gras, conte graveleux.
3
Sémantique : Par extension, discours ou récit mensonger, peu vraisemblable et auquel on ne croit pas.
Jugez par là combien ce conte est ridicule
Certes, ma soeur, le conte est fait avec adresse
Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire Qui l'étonne lui-même et le force à se taire
C'est un conte à n'y rien connaître, Un conte extravagant, ridicule, importun ; Cela choque le sens commun ; Mais cela ne laisse pas d'être
.... Je vois que d'un conte odieux Vous avez, comme moi, sali votre mémoire
Ils nous donnent encore, avec leurs lois sévères, De cent sots contes par le nez
Faire des contes, dire des choses qui sont sans fondement.
Ce sont apparemment mes ennemis, madame, qui vous ont fait ces contes ; ils vont criant que je suis mal en cour
de François-Marie Arouet, dit VOLTAIRE dans le Taureau blanc.
On dit en ce sens : conte de bonne femme, conte borgne, conte à dormir debout, conte de vieille, conte d'enfant, conte de ma mère l'oie, conte de ou à la cigogne, conte de peau d'âne.
Dans ces diverses cosmogonies, on est placé entre des contes d'enfants et des abstractions de philosophes
Conte en l'air, mensonge, duperie.
Ce ne sont pas là des contes en l'air comme les vôtres
Mais il prend mes avis pour des contes en l'air
Voilà un beau conte, de beaux contes ! se dit pour exprimer qu'on n'ajoute aucune foi aux récits, aux paroles de quelqu'un.
Conte fait à plaisir, récit inventé de toute pièce.
Ce privilége [de changer le récit] cessera-t-il à l'égard des contes faits à plaisir, et faudra-t-il dorénavant avoir plus de respect pour le mensonge que les anciens n'en ont eu pour la vérité ?
de Jean de LA FONTAINE dans Contes, préface du tome II

SYNONYME

1
CONTE, FABLE, NOUVELLE, ROMAN. Il n'y a pas de différence fondamentale entre le conte et le roman ; l'un et l'autre sont des narrations mensongères ou regardées comme telles. Tout ce qu'on peut dire, c'est que conte est le terme générique puisqu'il s'applique à toutes les narrations fictives, depuis les plus courtes jusqu'aux plus longues. Le roman ne se dit que de celles-ci. Un conte de trois pages ne s'appellera jamais un roman, tandis qu'un roman est, dans toute la rigueur du terme, un conte suffisamment long. La nouvelle ne se distingue pas non plus au fond du conte ou du roman. Dans l'usage ordinaire, c'est un roman de petite dimension dont le sujet est présenté comme nouveau ou peu ancien, ou avec des détails inconnus jusqu'ici. La fable, dans le sens d'apologue, est le récit d'une petite scène entre des animaux ou des végétaux auxquels on prête les sentiments et le langage humains. Dans la conversation, quand après un récit entendu on dit : c'est un conte, ou c'est une fable, on entend que le récit n'est pas vrai. Quand on dit : c'est un roman, on veut dire que les aventures racontées sont extraordinaires ; elles peuvent néanmoins être vraies.

HISTORIQUE

1
XIIe s.
Ne sont que trois matieres [de poëme] à nul home entendant, De France, de Bretaigne et de Rome la grant ; Li conte de Bretaigne sont si voir et plaisant
dans Sax. I
2
XIIIe s.
Encor est-il [Artus] de tel renom, Que l'en conte de li les contes Et devant rois et devant contes
dans la Rose, 1187
3
XVe s.
Pourquoi vous feroie-je long conte ?
4
XVIe s.
Le conte dict que Psammenitus....
de Michel de MONTAIGNE dans I, 6
Les enfants sçavent le conte du roy Croesus à ce propos
de Michel de MONTAIGNE dans I, 65
Tu te fondes sur les contes des medecins
de Michel de MONTAIGNE dans I, 73
Il y en a qui estiment que ce sont toutes fables, et comptes faicts à plaisir
de Jacques AMYOT dans Rom. 12
Un conte attire l'autre
de Randle COTGRAVE dans

ÉTYMOLOGIE

1
Provenç. conte, comte ; espagn. cuento ; ital. conto (voy. CONTER).

Synonymes de CONTE

Termes proches de CONTE

Phonétiquement proche de CONTE